GUNTER
« Capture d’expression. »
Gunter est un fragment de visage obtenu par moulage direct sur la peau. À sa surface se concentrent les pores, rides, plis et cavités qui composent l’empreinte irremplaçable d’un geste. La matière capture l’instant minimal où l’expression s’arrête et devient forme.
Le fragment, isolé de l’ensemble du corps, acquiert une autonomie. Ce n’est plus un portrait ni une représentation du visage, mais la condensation d’une présence : la mémoire du contact entre peau et matière. Dans ce transit, l’identité se transforme ; l’humain devient texture, relief, topographie.
L’œuvre révèle comment l’essentiel se loge dans le plus petit. Chaque sillon du bronze conserve l’histoire d’un mouvement intérieur, une émotion qui se solidifie. Dans son silence, Gunter nous rend l’intensité de l’éphémère : l’empreinte de l’être à l’instant d’exister.
→Sculpture_Fonderie en bronze à la cire perdue_Moules sur le corps_2008_Barcelone.
Gunter fait partie de la collection de sculptures en bronze « Fragments de vide ». Elle naît de l’observation du corps humain comme territoire, comme paysage de formes, de traces et de vides.
Chaque pièce est créée à partir d’un moule direct de parties du corps : mains, pieds, abdomen, mamelon, nombril. Grâce à la technique de la cire perdue, ces espaces invisibles – ce que le corps enveloppe, ce qu’il révèle – se matérialisent et acquièrent leur autonomie.
Le projet explore la relation entre plénitude et vide, entre trace et volume, entre forme et absence. Les sculptures sont des négatifs transformés en présence, vestiges d’un geste devenu matière. Le corps n’est plus représenté : il est suggéré par ce qui manque, par la cavité, par la trace qu’il laisse en se retirant. Chaque fragment renferme la totalité de l’être. La main, le pied, le mamelon ou le nombril cessent d’être des parties et deviennent des univers formels, ouverts à l’interprétation. Ce sont des études sur la perception, sur la façon dont l’œil et la pensée reconstruisent la forme à partir du vide.